jeudi 18 décembre 2008

Le combat sera retransmis en direct sur TSR2 samedi à 23 h.





A Zurich, une vieille gloire a rendez-vous avec un géant

BOXE | Samedi au Hallenstadion, Evander Holyfield (46 ans) défie Nikolaï Valuev (2m13 pour 145 kg), le champion du monde en titre des lourds (WBA). Les amoureux du noble art sont sceptiques.


François Ruffieux | 17.12.2008 | 00:02

Présenté comme le must ultime d’une année 2008 riche en rendez-vous sportifs d’envergure, le combat entre le Russe Nikolaï Valuev et l’Américain Evander Holyfield, samedi à Zurich, dégage une étrange impression. Seule certitude, la rencontre – titre mondial des lourds en jeu (WBA) – a suscité un véritable engouement puisque les 12'000 places du Hallenstadion n’ont pas tardé à trouver preneur. Les sièges aux abords du ring – pour lesquels il fallait débourser 2500 francs – sont même partis en moins de trois heures. Aujourd’hui, seules quelques dizaines de places (entre 90 et 1000 francs) sont encore disponibles. Avec ses 2,13 mètres et ses 145 kilos, Valuev a des allures de géant. Quant à Holyfield, ses 46 ans indiquent bien que sa carrière est depuis longtemps derrière lui. Dès lors, quel crédit convient-il d’accorder à ce combat? La question divise les amoureux du noble art.

«C’est lamentable!» Pour Alexis Philonenko, philosophe et auteur d’une Histoire de la boxe parue en 1991, l’affiche est tout simplement indigne. L’âge du challenger et le profil plutôt singulier du détenteur du titre enlèvent tout intérêt à la rencontre. «L’organisateur va faire de l’argent. Mais on ne sait plus s’il s’agit de boxe ou de phénoménisme». Authentique amoureux de ce sport, Philonenko s’en est détourné en constatant la confusion (multiplication des fédérations) et le mercantilisme galopants.



Besoin d’argent

Longtemps désigné comme un animal de foire, Nikolaï Valuev (35 ans) propose une fiche de 49 victoires en 51 combats, pour une seule défaite (en avril 2007, aux points, face au Russe Chagaev) et un match sans décision. «C’est le boxeur le plus sous-estimé», assure Don King, qui a pris le Russe sous son aile. Malgré les louanges intéressées du sulfureux promoteur, et même s’il a accompli de notables progrès ces dernières années, le «Shrek» russe demeure un modeste technicien. Ce qui n’est évidemment pas le cas d’Evander Holyfield, dont son entourage affirme, avec une conviction plus ou moins feinte, qu’il conserve le corps d’un sportif de 35 ans. Quoi qu’il en soit, s’il venait à remporter le 54e combat de son interminable parcours (42 victoires, dont deux face à Mike Tyson, qui lui déchiqueta même une oreille en 1997), l’Américain deviendrait le champion du monde le plus âgé de l’histoire depuis Georges Foreman (45 ans lors de son dernier sacre).

Événement théâtral

«Si la boxe apprend à abattre un homme, elle n’apprend jamais à construire une vie», rappelle Alexis Philonenko. Avec Holyfield, cette sentence conserve toute son actualité. Malgré des gains qui ont allégrement dépassé les 200 millions de dollars, le boxeur d’Atlanta serait criblé de dettes. Il faut dire qu’à lui seul, le poste «pension alimentaire» doit être imposant avec pas moins de… trois divorces et onze enfants à charge.

Champion d’Europe à cinq reprises à la fin des années 80, Mauro Martelli paraît plus nuancé sur la valeur du combat. «Pour moi, il s’agit d’un événement théâtral, d’un spectacle, avec tout ce qui gravite autour. Le public veut sentir le courage des boxeurs, veut voir l’expression sur leur visage, estime le Vaudois. Quant au crédit qu’il faut accorder à cette rencontre, je dirais que la boxe réserve souvent des surprises et que les amoureux de ce sport ne seront pas déçus car, quoi qu’il arrive entre Valuev et Holyfield, d’autres combats (ndlr: sans le moindre boxeur suisse) sont à l’affiche».

Basée à Wil, c’est l’agence Kentaro qui a monté cette soirée relayée par près de 80 chaînes de télévision dans le monde. Spécialisée dans le football – elle avait notamment mis sur pied le camp d’entraînement du Brésil à Weggis, avant la Coupe du monde 2006 –, Kentaro souhaite faire de la Suisse une plate-forme pour la boxe mondiale. N’en déplaise à ses détracteurs!

Le combat sera retransmis en direct sur TSR2 samedi à 23 h.


 HOLYFIELD

S’il entend prendre le meilleur sur son «jeune» adversaire, l’Américain de 46 ans ne devra pas laisser traîner les choses...

L’EXPÉRIENCE D’HOLYFIELD 
«Holyfield a beaucoup d’expérience. Et c’est un puncheur, estime Mauro Martelli. Je pense qu’il va rentrer dans son adversaire. Il faudra qu’il le travaille dans les flancs, avant de remonter, c’est sa seule chance. Ce combat propose à mes yeux deux styles qui vont bien se marier. Il est beaucoup plus ouvert qu’il n’y paraît».

UN BOXEUR USÉ 

«L’Américain devra prendre des risques pour toucher Valuev, c’est à dire casser la distance et donc s’exposer, même si son adversaire n’est pas un puncheur, estime Martelli. Son plus gros handicap, c’est bien sûr l’âge, avec une condition physique diminuée et une moindre capacité pulmonaire, tout ça après une carrière usante. De plus, Holyfield n’a pas livré un combat vraiment convaincant depuis longtemps».

 


 Valuev

Avec ses 2m13 pour 145 kilos, le Russe fait figure de phénomène. S’il ne convainc pas les puristes de ce sport, il attise en revanche la curiosité d’un large public.

ALLONGE EXCEPTIONNELLE 
«Le Russe peut bien sûr compter sur une allonge exceptionnelle, ainsi qu’une masse qu’il faut tout de même bouger. Et sa motivation pour ce combat doit être énorme, estime Mauro Martelli. Je crois que Valuev sera le véritable challenger. Il va aller chercher Holyfield, essayer de l’asphyxier. Et je trouve que, contrairement aux idées reçues, il est plutôt bon technicien».

LA LENTEUR DE VALUEV 
«Il manque de mobilité. Et il est lent. A une nuance près: comme il prend le vent avec lui, même en l’esquivant tu t’enrhumes», avertit Martelli en souriant.

 



Trop de fédérations, trop de titres

 

En voulant tirer profit de l’essor de la télévision, la boxe professionnelle s’est fourvoyée. La multiplication des fédérations internationales – dans le but de créer davantage d’événements, et de répondre ainsi à la demande croissante des promoteurs – n’a servi qu’à créer un flou qui désoriente complètement le public. Trop de titres mondiaux ont progressivement dévalorisé ce sport.

Aujourd’hui, on trouve principalement quatre fédérations concurrentes pour régir la boxe professionnelle: la World Boxing Association (WBA), la plus ancienne (fondée aux Etats-Unis en 1921), la WBC (World Boxing Council), la WBO (World Boxing Organisation) et l’IBF (International Boxing Federation). Une jungle qui a fait dire à un journaliste américain que, ainsi, «chaque chaîne de télévision peut avoir son champion du monde».

Actuellement, pour prendre l’exemple des poids lourds, les champions du monde sont les suivants: Nikolaï Valuev (WBA), Vladimir Klitschko (IBF et WBO) et son frère Vitali Klitschko (WBC).

 

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